Apprivoiser le Bella Desgagnés, apprivoiser la Côte-Nord

19 janvier 2016

Quand je suis arrivée sur le Bella Desgagnés pour la grande tournée de la Côte-Nord du Québec, j’étais terriblement excitée. J’ai toujours aimé notre beau fleuve et d’aller jusqu’au plus loin de son embouchure, là où après, c’est l’océan, m’enchantait au plus haut point. Et le fleuve St-Laurent est reconnu depuis longtemps pour ses caprices, ses nombreuses îles, ses pièges qui ont coulé plus d’un bateau. Tellement qu’encore aujourd’hui, les transatlantiques qui arrivent dans le St-Laurent doivent embarquer un pilote certifié pour se rendre à Québec ou Montréal. Je voulais voir les prouesses du capitaine, les colères et le calme de ce fleuve mythique.

Le quai de Port-Menier, long d'environ 1km. Là, il ne restait que 40cm d'eau sous la quille.

Le quai de Port-Menier, long d’environ 1km. Là, il ne restait que 40cm d’eau sous la quille.

La timonerie

La timonerie

Les cartes en papier sont encore nécessaires parce que les cartes électroniques ne sont pas disponibles pour les plus petits ports de la Côte-Nord.

Les cartes en papier sont encore nécessaires parce que les cartes électroniques ne sont pas disponibles pour les plus petits ports de la Côte-Nord.

 

Nuit noire à Port-Menier.

Nuit noire à Port-Menier.

Les grands vents à Rimouski ont retardé notre départ. Je me suis couchée, à l’écoute de ce bateau, de ses grincements. Et quand il est enfin parti, j’ai entendu le frottement de la glace. J’ai eu du mal à dormir cette nuit-là tellement j’étais excitée. Dans les jours qui ont suivi, on a commencé à voir, sentir et entendre ses réactions face aux vagues. L’éclatement de celles-ci sur la coque et le choc quand Bella les frappait de plein fouet. On a compris aussi la nette différence qu’il y avait lorsque les stabilisateurs étaient sortis ou non.

Une vague qui éclabousse jusqu'au pont 6.

Une vague qui éclabousse jusqu’au pont 6.

 

Il y a assez de canots de sauvetage, je les ai comptés.

Il y a assez de canots de sauvetage, je les ai comptés.

Au fil des jours, j’ai pris mes habitudes au pont 8. Mon bureau de travail installé sur le bord d’une grande fenêtre, mon appareil photo tout près, prêt à dégainer à tout moment. Parce que le fleuve change tout le temps. Un instant l’eau est calme et tout à coup apparaît un océan de bébés iceberg. Puis il devient blanc de glace, tellement qu’on a l’impression que l’on pourrait sortir marcher dessus. Ou alors un groupe de phoques se fait dorer la bedaine au lever du soleil.

L'arrivée spectaculaire à Harrington Harbour.

L’arrivée spectaculaire à Harrington Harbour.

 

La massive Bella au coeur du village.

La massive Bella au coeur du village.

On apprivoise l’équipage aussi. Ils nous parlent de leur vie à bord, de leur vie sur terre. Ils nous expliquent les particularités de chaque village. Ils savent qu’à Kegaska, ils sont nombreux à embarquer pour aller travailler à La Romaine, l’arrêt suivant. Qu’ils aiment beaucoup manger poutines et frites parce qu’ils n’en ont pas chez eux. Le capitaine me confiait que le village de St-Augustin était particulièrement dynamique et festif. Ils connaissent leurs habitués.

Le lever du soleil sur le cargo, à l'approche de St-Augustin.

Le lever du soleil sur le cargo, à l’approche de St-Augustin.

 

La baie de Sept-Îles, paisible.

La baie de Sept-Îles, paisible.

Ils sont tous eux aussi en train d’apprivoiser le Bella. On dit que ça prend 5 ans pour bien roder un bateau. Elle en a à peine 3. Les membres d’équipage ont maintenant chacun leur chambre plutôt que de les partager à 4 comme avant. Ils ont tous des histoires à nous raconter à propos du Nordik Express, le bateau qui desservait la Côte-Nord avant, un peu de nostalgie dans la voix. Mais ils parlent avec fierté de leur nouveau navire et des améliorations qui s’en viennent.

Le chargement à La Romaine: là le quai est tellement étroit qu'on ne peut circuler dessus pendant le chargement.

Le chargement à La Romaine: là le quai est tellement étroit qu’on ne peut circuler dessus pendant l’opération.

Début de journée à Kegaska, là où la route se termine.

Début de journée à Kegaska, là où la route se termine.

 

Au bout du périple à Blanc-Sablon.

Au bout du périple à Blanc-Sablon.

Il n’y a pas à dire, le Bella a une place de choix dans le cœur de son équipage et des résidents de la Basse-Côte-Nord. C’est plus qu’un moyen d’approvisionnement et de transport : c’est un point de rencontre. Sur le Nordik Express, il y avait même un bureau de poste et un comptoir de la Caisse Desjardins! Si on traine un peu dans la cafétéria, on se rend compte que tous se connaissent. Bien difficile de distinguer les familles les unes des autres. Et souvent, 3 générations s’entremêlent. C’est un véritable village flottant.

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Bella face à la tempête à Havre-St-Pierre.

Bella face à la tempête à Havre-St-Pierre.

 

Le parking parallèle avec le Bella prend une autre dimension, surtout de nuit!

Le parking parallèle avec le Bella prend une autre dimension, surtout de nuit!

Apprivoiser le Bella Desgagnés, c’est aussi apprivoiser la mythique Basse-Côte-Nord au fil de l’eau.

Mes autres articles sur ce voyage:

Le luxe du cargo Bella Desgagnés

La Côte-Nord de village en village

 

6 Commentaires

  1. Commentaire par Rachel Soucy

    Rachel Soucy Répodnre 19 janvier 2016 at 13 h 34 min

    bonjour Mme Langlois,
    très contente que vous ayez apprécié votre voyage. Dommage que votre père n’ait pas pu se joindre à vous. Rachel Soucy, préposée aux réservations Relais Nordik.

    • Commentaire par Pascale Langlois

      Pascale Langlois Répodnre 19 janvier 2016 at 20 h 40 min

      Il m’a suivie de près toute la semaine avec une jalousie palpable. On devra malheureusement revenir ensemble. C’est triste! 😉

  2. Commentaire par Samuel

    Samuel Répodnre 20 janvier 2016 at 11 h 55 min

    Yeah ! En ce moment les articles sur les bateaux me font sacrément voyager ! Et titillent ma curiosité ! (Cf la série de Laurent de blog One Chaï et son trip en cargo.)

    • Commentaire par Pascale Langlois

      Pascale Langlois Répodnre 20 janvier 2016 at 17 h 45 min

      Oh merci du tuyau, je vais aller lire. J’étais allergique aux croisières, c’est une amie qui m’a parlé des cargos. J’ai adoré l’idée!

  3. ping de retour La Côte-Nord, de village en village – Scouich

  4. ping de retour Testé et approuvé : Le Québec en plus de 100 expériences extraordinaires - Taxi-Brousse

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