Se souvenir de quoi?

15 novembre 2017

Alors que je vivais pendant quelques mois en Belgique, une chose me fascinait : au milieu du petit village où j’habitais trône une statue de spartiate, comme oubliée là, près de la mairie. Un historien m’a raconté qu’il s’agit en fait d’une sculpture faite par les Allemands pendant l’occupation. S’ils n’avaient pas capitulé, elle se serait retrouvée sur la côte belge, pointant le prochain lieu d’invasion : les Amériques.

Au Québec et au Canada, les traces sont moins présentes. Nous avons perdu de nombreux êtres chers, nous avons construit des monuments à leur mémoire, mais nous n’avons jamais entendu les bombes siffler au-dessus de nos têtes. Je me dis qu’en Europe, il est impossible d’oublier les grandes guerres tant le territoire en a été marqué à jamais. Pourtant, pour souligner l’indépendance de la Pologne le week-end dernier, des milliers de personnes ont envahi les rues de Varsovie avec des slogans comme « Prions pour un holocauste islamique » ou encore « Europe blanche. » Le Washington Post rapporte que les dirigeants du pays cachaient à peine leur joie. Pologne qui, doit-on le rappeler, avait été la première envahie en 1939.
Étrangement, le jour de l’indépendance polonaise coïncide avec le jour du Souvenir et le jour exact de l’armistice de la Première Guerre mondiale.

L’œuvre de Délit Maille, Wool War One, présentée ces jours-ci au Musée des beaux-arts de Montréal fait œuvre utile dans ce contexte. Des petits soldats dans leurs habits de laine qui commémorent les pertes de jeunes vies entre 1914 et 1918. Même les Allemands y sont représentés, parce que l’artiste voulait que toutes les nations touchées s’y retrouvent. Cinq cents paires de mains à travers le monde ont tricoté 780 soldats qui se retrouvent aujourd’hui sous le regard bienveillant de Leonard Cohen. Une petite armée qui semble à perte de vue comme les cimetières de croix blanches. Une œuvre douce qui m’a permis de discuter de ce sujet délicat avec mes enfants.

Il faut se souvenir des morts, mais aussi des circonstances qui ont mené à ces conflits dont nous vivons encore aujourd’hui les conséquences. Il faut se souvenir de ces discours haineux, de cette peur de l’autre, des provocations qui ont mis le feu aux poudres.  L’année prochaine marquera le centenaire de l’armistice. Cent années qui semblent si longues et si courtes à la fois. Nous ne sommes pas à l’abri d’un autre oubli.

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