Vivre au rythme des Cris dans Eeyou-Istchee-Baie-James

1 mars 2017

Le Nord du Québec est un endroit mystérieux. On n’en entend parler que pour les feux de forêt en été, les minières ou les grands barrages. Historiquement, on ne s’y est d’ailleurs que peu intéressé avant de développer les projets hydro-électriques de la Baie-James. Un territoire que nous, habitants du sud, imaginons sauvage, vierge, protégé du monde moderne. Ce n’est pas tout à fait vrai. Les villages allochtones (non autochtones) ne manquent pas de dynamisme et les communautés cries sont tout ce qu’il y a de plus vivant. Y séjourner a sans doute été le plus grand dépaysement que j’aie jamais vécu. Même pas besoin de passeport!

Tout d’abord, un brin d’histoire…

La Paix des braves: c’est le nom que l’on a donné à l’entente signée en 2002 entre le gouvernement du Québec et les 9 communautés cries. Cette entente historique intégrait les Cris dans le développement du nord et leur donnait en échange des compensations substantielles. Cette Paix des braves mettait tranquillement fin à des dizaines d’années de négociations, de déplacements et de campements rudimentaires. À cette époque, le village d’Oujé-Bougoumou, à 30km de Chibougamau, commençait à peine à se construire. Un village construit sur 3 principes: valoriser la culture crie, respecter les valeurs cries et l’auto-suffisance.

Nuuhchimi wiinuu: Celui (celle) qui marche dans la forêt

Anna et David ont été impliqués dans toutes ces négociations mais surtout dans la construction. Bercés par l’espoir et la créativité, enracinés dans leur culture, tournés vers l’avenir; ils sont toutes ces choses à la fois. Leur camp cri authentique n’est absolument pas folklorique ni figé dans le temps. Il permet de faire vivre leur culture à ceux qui les visite, de partager un savoir vivant afin qu’il ne disparaisse pas et de les approvisionner en nourriture. Parce que pendant qu’ils montrent les rudiments de la trappe et de la pêche au filet sous la glace, ils conservent toutes les prises pour se nourrir et s’habiller.

C’est avec une immense générosité que Anna nous parle de sa vie, de ses 11 enfants dont elle est terriblement fière, de son village, de son passage dans les pensionnats. « Ils ne m’ont pas touchée. Je pense qu’ils ont essayé mais je ne les ai pas laissé faire. » Pour elle, le pensionnat lui a donné l’opportunité d’apprendre une autre langue, celle qui lui a permis de négocier avec les gouvernement, celle qui lui permet de faire tourner son entreprise.

 

Autour de la table ou autour du feu, elle répond patiemment à nos questions et nous montre comment elle prenait soin de ses enfants. La façon dont elle installait un simple hamac pour y coucher les poupons. La technique pour préparer la mousse dans les couches des bébés. Les chants qu’elle leur chantait.

Jamais nous ne sommes les spectateurs passifs. Pour apprendre et comprendre, il faut imiter, participer, pratiquer. Préparer une peau de caribou pour la coudre prendra plusieurs jours. Nous ne participons qu’à une courte étape de nettoyage qui permettra à Anna de fabriquer des mocassins.

Un musée pour sauver une culture

L’Institut Culturel Cri Aanischaaukamikw est en plein centre du village d’Oujé-Bougoumou. Il a été fondé pour conserver les objets cris de toutes les communautés vieux jusqu’à 5 000 ans. Un tel institut permet également de faire de nombreuses recherches sur la culture et assurer sa préservation et sa transmission.

La beauté est au coeur du musée tout comme elle l’est dans leur culture. Les Cris rendent hommage aux offrandes de la nature en embellissant tous leurs objets, chacun à leur façon. Là une corde colorée pour rapporter l’ours chassé. Ici un tambour orné de points rouges pour se rappeler des animaux qui leur ont permis de se nourrir et de s’habiller. Tout est magnifiquement décoré. D’ailleurs, vous pourrez même apprendre à faire vos propres bijoux en billes. Annie, Anne et moi en sommes vite devenu accro et en avons fait notre projet du week-end.

 

 

L’ouverture vers l’autre et la générosité sont dans l’air respiré par tous dans le village d’Oujé-Bougoumou. Le partage se fait aussi dans les deuils et les douleurs qui sont présents. Rien n’est vécu seul, tout est soutenu par la communauté. Chacun a sa place, son rôle, son importance, même les étrangers.

Note: Le camp de Nuuhchimi wiinuu a toutes les commodités dont vous pourriez avoir besoin, même s’il faut aimer le camping et les campements rustiques. Vous pourrez peut-être même goûter quelques viandes chassées mais les autochtones, tout comme les allochtones, ne peuvent vendre le gibier issu de la chasse. C’est pourquoi, à l’auberge Capissisit, vous trouverez un menu tout ce qu’il y a de plus classique. L’auberge, construite en 2015, est très agréable et offre une très belle vue sur le lac. Vous trouverez un mini réfrigérateur et un micro-onde dans votre chambre. Je vous conseille d’ailleurs d’apporter quelques réserves puisque le restaurant n’est pas toujours ouvert.

Merci à Tourisme Eeyou-Istchee-Baie-James et Cota (Cree Outfitting and Tourism Association) de nous avoir reçues.

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5 Commentaires

  1. Commentaire par Jennifer

    Jennifer Répodnre 2 mars 2017 at 1 h 05 min

    J’en veux plus. Maudit que j’aurais aimé ça être là. Maudite pneumonie.
    Pourquoi faut pas dire autochtone, au fait?

    • Commentaire par Pascale Langlois

      Pascale Langlois Répodnre 2 mars 2017 at 17 h 40 min

      Autochtones et premières nations sont acceptés. Allochtones est le terme à utiliser pour ceux qui sont non- autochtones, plutôt que « Blancs » qui a une consonance un peu raciste…

      • Commentaire par Jennifer

        Jennifer Répodnre 2 mars 2017 at 18 h 39 min

        Eh misère, j’ai mal lu! Je pensais que tu disais qu’il fallait dire allochtone et pas autochtone quand tu as écrit « les villages allochtones (pas autochtones) », mais tu voulais dire que les villages étaient pas autochtones. SOrry!

        • Commentaire par Pascale Langlois

          Pascale Langlois Répodnre 2 mars 2017 at 19 h 57 min

          Ma phrase aurait pu être mieux construite.

  2. ping de retour Découvrir la culture Crie en Eeyou Istchee Baie-James Montreal Addicts

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